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vendredi 13 janvier 2017

Itinéraire d'un écrivain gâté : les mots, les maux, les morts, les remords

1958. À peine sorti du ventre de ma mère, une poule m'offre une plume. Au lieu de m'en débarrasser comme aurait fait n'importe quel bébé, j'en fais mon doudou. La poule sera mon animal-totem ; la plume mon médium préféré.
1963. J'écris mes premiers mots avec des nouilles alphabet. J'apprends le gallinais en lisant des gaufrettes amusantes aux poules et à tous les volatiles de la basse-cour désireuses de s'instruire.
1964. Débuts délicats à l'école primaire. Je reste deux jours de rang sans m'asseoir. Au matin du troisième jour, voyant que la maîtresse ne se décide pas à me gronder, je m'assieds. Ça ne m'aide pas beaucoup à comprendre mais c'est moins fatigant et je n'ai plus de fourmis dans les pieds.

1967. Je découvre que le point culminant de l'Ouest (417 m), situé à 15 km de chez mes parents, s'appelle le mont des Avaloirs. Après avoir vérifié la signification de ce mot étrange dans le Petit Larousse et appris que François, le républicain espagnol réfugié à Madré, héros de mon enfance, s'appelait Fransisco Roman, ma décision est prise : un jour, moi aussi je vivrai de mes plumes, je serai écrivain !

1968. Je rentre en sixième, j'ai sauté le CM1, je n'ai pas encore dix ans. J'ai un peu peur de M. Perdereau, le prof de français, avec sa grosse barbe qui n'arrête pas de me dire que les mots sont aussi faits pour être prononcés et que je ne devrais pas être aussi timide.
1970. J'entre en quatrième et ne suis pas autorisé à faire du latin.
1972. J'entre en seconde. Mon prof de français, Jean Grandin, un ancien prêtre défroqué surnommé Narcisse (qui aurait été mon prof de latin si on m'avait autorisé à l'apprendre), me pousse à écrire, écrire, écrire. J'adore son petit chapeau, son petit cartable qui virevolte autour de sa taille comme un corde à sauter, ses airs d'être ailleurs tout en donnant l'impression d'être là.
1978. J'entre à l'école normale d'instituteurs de Caen. C'est une erreur : bien qu'adorant les mots et les marmots, je suis incapable d'enseigner comment écrire aux petits enfants, et encore moins à compter ou à faire du sport. Je quitte l'EducNat au bout de 14 mois.

1980. J'achète une presse à épreuves et j'apprends la typographie pour créer la revue de poésie La Foire à bras, qui publiera 14 numéros. François de Cornière, à qui je n'avais rien demandé, me pousse à écrire des nouvelles noires.
1984. Suite à une petite annonce dans Télérama, j'écris mon premier roman, Pain perdu chez les vilains, trop foutraque pour obtenir le prix FR3-Télérama du polar. Jean-François Vilar, président du jury, aura été mon premier vrai lecteur.

1989. Je suis reçu aux éditions Fleuve Noir, rue Garancière, par la voluptueuse Vassoula Galangau, qui me dit tout le bien qu'elle pense de Fondu au noir. Manque de bol, le Fleuve Noir bazarde la collection à l'élégante couverture blanche où je devais être publié. Aux dernières nouvelles, Vassoula Galangau, traductrice de Danielle Steel, est toujours vivante.

1990. Pain perdu chez les vilains est accepté par la mythique collection Sueurs Froides. Je frise la syncope et rêve de Boileau-Narcejac. Manque de bol, les éditions Denoël, dirigées par un industriel venu du sucre, sucrent la collection et licencient le merveilleux Michel Bernard, qui décédera en 2004. Son remplaçant Jacques Chambon, patron de Présence du Futur, ne voudra pas de mon roman. Ce qui ne l'empêchera pas d'être emporté en 2003 par une crise cardiaque.
Michel Bernard (à g.) en 1966 avec Christian Bourgois
1992. Je crée les éditions Canaille, et je réussis (sans les menacer) à persuader 120 collègues de la Carte bleue de la Poste que j'ai du talent et qu'il est de leur intérêt d'acheter Fondu au noir. Mon père, décédé deux ans plus tôt, ne lira jamais mes livres.


1993. Michel Houellebecq, qui m'est présenté dans un cocktail par mon ami Michel Chevron (les deux se sont rencontrés au festival du 1er roman de Chambéry, l'un est devenu connu, l'autre non, il n'y a pas de justice…) refuse de me serrer la main, alors qu'elle ne porte aucune trace de cambouis, que mon regard est animé des meilleures intentions et que je sais être un compagnon d'ivresse tout à fait agréable. Cette étrange attitude du grand dépressif au regard de poisson mort me hantera longtemps, jusqu'à ce que je découvre l'incroyable vérité lors d'une seconde rencontre, lors d'un autre cocktail, 21 ans plus tard.

1996. J'entre dans le ventre des éditions Baleine (qui m'en expurgent deux ans plus tard, suite à une indigestion de poulpes). Le massacre des innocents, publié par Hélène Bihéry, obtient le Trophée 813. C'est la gloire ! À Charenton-le-Pont, où je réside, les employés de mairie lisent sous le manteau mon Poulpe La Cerise sur le gâteux, dans lequel le maire Alain Griotteray passe pour un salaud.
1998. Poste mortem obtient le prix du Salon du polar de Montigny-les-Cormeilles. Persuadé que mes talents de raconteur d'histoires finiront bien par me rendre riche et convoité par les plus jolies femmes de Saint-Germain-des-Prés, je démissionne des PTT le jour même de mon licenciement des éditions Baleine.

1999. Cédant aux pressions croisées de mon subconscient et de Dominique-Antoine Grisoni (qui mourra quatre ans plus tard à l'âge de 58 ans, foudroyé par un cancer du cerveau), je révèle urbi et orbi ma passion pour les poules dans un récit autobiographique qui me vaudra de recevoir le Grand prix de la Mayenne, censuré par Le Courrier de la Mayenne (mon évocation de "la fente de la vierge" déplaisant à la très catholique épouse du directeur du journal, cousine par alliance de Christine Boutin) et de revoir trente ans plus tard ma maîtresse d'école, la merveilleuse Paulette Guichard, toujours aussi belle. Il sera pilonné quelques années plus tard par mon éditeur, Flammarion, sans que j'en sois prévenu comme le veut la loi.

2000. En compagnie de mercenaires de la plume encore plus fous que moi, je lance le premier roman-feuilleton du 3e millénaire, Moulard, qui sera fusillé à l'Aube dans une douve d'un château du Lubéron. Le responsable de la corvée de bois, un sociologue mondialement connu dans sa loge maçonnique et à France Inter, court toujours.

2001. Je mystifie Jean-Bernard Pouy en lui faisant gober que mon Poulpe Parkinson le glas a été écrit par un dénommé Gabriel Lecouvreur.

2002. Lors d'un cocktail des éditions du Masque, Andréa H. Japp me propose d'écrire un roman sur le thème de l'analphabétisme. Sujet en or pour un écrivain ! Manque de bol, la collection s'arrête. Le livre, publié hors-collection, est sabordé par l'éditeur. Bon côté de la chose : Andréa, que je n'ai jamais revue depuis, reste en vie. Tout comme Lætitia Casta, contrairement à ce qu'insinuait le premier titre du livre, Pourquoi j'ai tué Lætitia Casta.

2003. Les éditions du Masque renoncent à publier De Gaulle, van Gogh, ma femme et moi, commande pour laquelle j'avais reçu un avaloir. Le directeur, Didier Imbot, s'expatrie à New York, ce qui lui permet de rester vivant, contrairement à son frère Thierry, impliqué dans une affaire de ventes de frégates à Taïwan et défenestré par des barbouzes.

2004. Apprenant que Patrick Raynal quitte la direction de la Série Noire, j'envoie mon CV à Antoine Gallimard, qui me répond que je suis bien trop maigre pour la fonction.

2005. Je tente de décrocher la lune en fondant les éditions Après la Lune. Tout de suite, ça démarre fort ! Mon statut de gérant de SARL me permet d'échapper à une incroyable rafle réalisée en décembre 2005 à l'ANPE du IXe arrondissement. 56 chômeurs convoqués à un entretien individuel se retrouvent réunis et embarqués dans un stage démarrant le lendemain matin. Abasourdi par le procédé, tel l'Abbé Pierre en février 1954, je lance un appel intitulé Chômeurs, qu'attendez-vous pour disparaître ? qui rencontre un grand écho médiatique (Canal +, Libération, France Inter) et donnera lieu, deux ans plus tard, à la publication d'un formidable recueil sociologique dont quasiment aucun media ne se fera l'écho, ce qui n'empêchera pas l'ouvrage de connaître le succès grâce à une excellent bouche à oreille des agents de l'ANPE et des associations de chômeurs. 

2006. Pour venger un collègue que j'avais traité de "canard" lors d'un contrôle routier, un flic m'assène un coup de matraque en murmurant à mon oreille que j'ai de la chance que son Sarko chéri ne soit pas président. Ce qu'il niera piteusement devant la ravissante commissaire de police de l'IGS qui nous confrontera, après que j'aie porté plainte contre ce crétin des Alpes au nom prédestiné de Ségrétinat. J'interpelle ce ministre des "Libertés policières" teigneux qui deviendra l'année d'après le président le plus con depuis nos ancêtres les Gaulois, dans un pamphlet qui restera le livre dont je suis le plus fier.

2007. Souffrant de violentes crises de sarkozia volubilis et pris en charge par des psychiatres aguerris dont je ne puis bien évidemment pas révéler le nom, je prends une année sabbatique pour méditer sur ce qui arrive à mon pays et me réfugie dans l'écriture de Je suis partout (les derniers jours de Nicolas Sarkozy) racontant la plongée dans la folie de Nicolas Minus. 
C'est durant cette retraite monastique qu'a lieu le miracle : cinquante ans après ma promesse faite à la Grise qui venait de m'autoriser à la regarder pondre un œuf, mes poules montent enfin sur les planches ! Au bonheur des poules, adapté par Alexandre Letondeur dans une très belle mise en scène de Sophie Brillouet, est une petite merveille !

2008. Condamné à une amende de 150 € avec sursis pour outrage, j'écris avec Romain Dunand, militant libertaire poursuivi par Sarkozy, une lettre à la Garde des Sceaux lui suggérant de dépénaliser le délit d'outrage. Le livre, très argumenté, est accompagné d'une pétition réunissant 20.000 signatures. Rachida Dati reste muette (mais rabroue le sous-fifre qui ose la déranger avec notre bouquin pendant sa dégustation de macarons Ladurée).
Avec Hervé Eon @ Le Maine Libre
C'est alors que je prends la tête d'une bande d'énergumènes résolus à en finir avec ce délit inique qui permet à des flics violents de porter plainte contre leurs victimes et de se faire dédommager. Parmi eux, la magnifique Maria Vuillet, poursuivie par un sous-préfet si bas de plafond que l'état-civil lui attribuera le patronyme de Lacave, et l'immense Hervé Eon, grâce à qui le délit d'offense au chef de l'État sera définitivement chassé du Code pénal cinq ans plus tard.
Le 23 octobre, c'est la gloire, j'ai droit à mon portrait en dernière page de Libération, sous le titre L'outrageur outragé.

2009. Une secte d'intégristes catholiques fondée par un curé espagnol passablement allumé et adepte de la flagellation me traîne devant les tribunaux pour diffamation (Après la Lune, 1 - Opus Dei, 0). Ce procès, très médiatisé, m'offrira le bonheur de rencontrer l'ami Tignous, qui le croque pour Charlie Hebdo, et de rembourser en quelques semaines de monstrueuses dettes qui mettaient en péril la maison d'édition.
Enfilant les habits de détective, je décide de retrouver l'inconnu le plus célèbre de France en passant un appel sur Rue89 : l'homme à qui fut adressé le navrant "Casse-toi pov’con !" En vain. L'homme, dont j'apprendrai longtemps après qu'il s'appelle Albert et vit quelque part entre Tolbiac et Ivry, aspire à la paix. Dépité, je le rebaptise Fernand Buron et monte un canular qui mystifiera l'AFP, où je suis depuis tricard, ce qui n'a aucune importance étant donné que je n'ai nullement l'intention de me lancer dans une carrière de politicien.

2010. Je fête l'anniversaire de Sarkozy en garde à vue, après avoir tenté de prendre d'assaut l'Elysée en me faisant passer pour Fernand Buron, dans le but inavoué de faire la promotion de mon livre sur la santé mentale de Sarko. Manque de bol, le procureur de la République de Paris se paie le culot de classer l'affaire au motif que "les faits ne sont pas avérés" alors que j'ai brandi ma pancarte Casse-toi pov'con ! devant 150 CRS. L'année suivante, je remets ça, non loin de l’Élysée, lors de l'apéro casse-toi pov'con, offert par le journal Zelium, avec la complicité d'une cinquantaine de pov'cons et de Daniel Schröpfer dans le rôle de Fernand !
2011. Une ex-flic devenue écrivain me traîne en justice pour un arriéré de 453 € de droits d'auteur (alors que je ne me verse plus de salaire depuis belle lurette). Un ami écrivain devenu riche et célèbre lui expédie le chèque avec un Haka d'honneur, mais la dame, avec qui j'avais affronté l'Opus Dei, maintient sa plainte.

2013. Un ex-militaire algérien devenu écrivain sous son nom de jeune fille, dont j'avais publié les premiers romans qui allaient le rendre célèbre loin de son bled, et avec qui j'avais commis l'erreur funeste de m'associer, me traite d'escroc. Au lieu de défenestrer du 7e étage de son penthouse de grand-chef de la willaya des profiteurs du régime algérien comme aurait fait n'importe quel acteur de Série B, je prends sur moi et lui règle son compte avec des mots. Ce qui ne me vaut pas que des ennemis en Algérie.

2014. Après avoir publié 69 titres, mon entreprise dépose le bilan. Soulagement. Ayant du temps libre, j'en profite pour lancer le concept oulipien de "causerie à thème aléatoire" qui me rapportera la somme astronomique de 400 €, et pour me replonger dans l'écriture de mon roman L'esprit Bénuchot, qui me trotte dans la tête depuis plus de vingt ans.

2015. Annus horribilis, que je finirai essoré comme un chandail entre les mains rudes de la mère Denis, réussissant, grâce à un auto-coaching très persuasif (ce qui n'est pas dans ma nature de scorpion ascendant sanglier), à ne pas sombrer dans la paranoïa.

Dessin : Rodolphe Urbs
  – Un dentiste m'arrache mon bridge de la bouche au prétexte que je n'ai plus le droit à la CMU. Cette plongée dans la France descendante des sans-dents finira "bien", puisque le cabinet dentaire, moins par empathie que par crainte de poursuites judiciaires, me fait grâce des 1.200 € qu'il m'incombait de payer. Traumatisé par cette expérience (que je ne souhaite pas, même pas à mes pires ennemis. Quoique…), je brûle un cierge à la petite souris et renonce à postuler au concours annuel des sosies de Jean Lecanuet.
@ La lettre à Lulu


– Une magistrate nantaise considérant que la police a le droit de crever les yeux des manifestants lors des manifestations contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes mais n'aimant pas que ce soit répété ailleurs qu'au café du coin me poursuit pour injures publiques, mais comme dame Brigitte Lamy s'y est prise comme un manche pour déposer sa plainte, je suis dispensé de procès pour cause de prescription.
– Pour faire bouillir la marmite de l'écrit vain, je deviens scribe et rencontre des technocrates gais comme des croque-morts, des éminences grises de la République, dont l'un des promoteurs de la loi El Kohmri, le fort déplaisant Jean-Denis Combrexelle, obsédé par la casse du Code du travail et la fluidification du dialogue social. Cette expérience physiquement très dure me brise le dos, le moral et les tripes, en même temps qu'elle me fournit la matière du roman de critique sociale que je rêve d'écrire depuis de longues années, et que je n'écrirai jamais (sauf si un éditeur assermenté me propose un contrat).
Ne croisez jamais son chemin !!!

– Une mythomane expérimentée répondant à l'improbable nom d'Églantine Laval m'accuse de lui avoir donné des coups de poing sur la voie publique et sur le visage, alors que je me suis borné à lui poser la question : "Et vous arrivez à dormir la nuit ?" Ce qui me vaut d'être poursuivi par le Parquet de Montreuil pour violences volontaires, malgré un verdict sans appel du flic qui nous confronta, concernant la mythomanie de la dingue. Rendu distrait par cette année de folie, je me trompe de date de procès et suis condamné à une amende de 830 € (que je ne paierai pas car c'est pas marqué couillon).

– Last but not least (comme on dit en frangliche). L'esprit Bénuchot, que je rêvais de faire lire à Milan Kundera, est refusé par la collection blanche de Gallimard, et c'est une lettre de Gallimard Jeunesse qui me l'apprend… Mais c'est un mal pour un bien car cette désillusion me permet d'assister au miracle de la transsubstantiation et de communiquer avec l'esprit du grand Gaston Gallimard, ce que peu d'écrivains, et pas même Céline, Antonin Artaud ou Jean-Bernard Pouy, n'ont pu réaliser !

2016. Après l'annus horribilis, voici l'année du grand cauchemar, que je pourrais qualifier d'anus horribilis si la vulgarité ne me faisait tant horreur… Après m'avoir fait miroiter monts et merveilles, un charlatan-baratineur se faisant passer pour un éditeur sous le nom bien mal venu de Lemieux m'arrache mon roman L'esprit Bénuchot du ventre en tournant douze fois le couteau dans la plaie. Le livre n'est quasiment pas diffusé en librairie, ce qui ne dérange pas outre-mesure cet éditeur au petit pied, un poil narcissique, toujours content de lui même quand il y a le feu à la maison, et menteur comme un arracheur de dents.

Le sieur Lemieux dans ses œuvres d'humour noir
Le sieur Lemieux s'apercevant qu'il a dépassé les bornes
P. Lobjois, terroristologue, briseur de chaises
Non content d'avoir jeté aux chiens ce roman constituant quatre années d'un travail harassant, me contraignant notamment à m'intéresser à la physique quantique, le paltoquet m'accusera d'inventer des "constructions rhétoriques sur un soi-disant préjudice subi" et laissera son toutou-flingueur, un ex-reporter de guerre recyclé dans le conseil psychologique en temps de djihad, dont le nom désuet de Philippe Lobjois camoufle un fauve rugissant doté de roubignoles en acier trempé, hélas atteint d'une maladie dégénérative (les neurones migrent inexplicablement sur les biceps), clôturer huit mois d'un dialogue de sourds épuisant par un coup de boule, avec triple salto de chaise sur le crâne (une figure admirable, digne du cirque de Pékin) que j'esquive car j'ai retenu les leçons de mon vieux maître de kung-fu T'siu-Tao Gins'eng Pok.
Bénuchot, état 1 (mort)
Bénuchot, état 2 (vivant)

2017. Les choses étant ce caleçon, comme disait mon grand-père Eugène, la Terre ressemblant de plus en plus à l'enfer d'une autre planète comme le suggérait Aldous Huxley et le temps n'étant pas réputé pour ralentir la cadence, il est temps pour moi, à l'âge de 58 balais, de ravaler mes illusions de jeune homme rêvant d'être enfin reconnu autrement que comme un petit farfelu sachant trousser des histoires sortant des sentiers battus mais ne cassant pas trois pattes à un canard littéraire. Et voilà pourquoi, youpi-youp, j'ai décidé de ne plus m'emmerder à écrire des fictions qui seront lues par trois pelés et un tondu et ne servent qu'à alimenter la poire d'angoisse qui me dévore le bide depuis que mon Bénuchot, dont personne ne m'a encore dit qu'il s'agissait d'une bouse littéraire, a été jeté avec l'eau du bain par un éditeur dont les errements resteront, et de très loin, ma pire expérience éditoriale.
"Suicide quantique", André Lefort
Mais avant de prendre la poudre d'escampette, j'ai décidé de me lancer dans l'écriture d'un ultime essai, Les chaises qu'on abat, précédé d'une préface posthume d'André Malraux, en hommage à mon grand-oncle pasticheur Paul Reboux, dont je rêve depuis si longtemps de mettre mes pas dans les siens. Ce sera un livre très méchant. Parce qu'il n'y a pas mieux que la méchanceté pour se débarrasser de tous les cynistres enfoirés qui vous pourrissent la vie à coups de matraque, coups de boule, coups de chaise, coups de pied au cul, de petits mots blessants, de moqueries, de veuleries, de rappels à la loi, de rappels à l'ordre, et de tout ce qui constitue les seuls vrais outrages que l'on devrait prendre en ligne compte : les outrages à la vie. Ce sera un livre littéraire et politique, parce que je ne conçois pas – peut-être parce que j'ai eu beaucoup à faire à la "justice" et à sa fidèle servante la flicaille – que l'on puisse faire une césure entre les deux.
Néanmoins, comme je suis nostalgique du petit commerce, avant de me retirer, j'ai décidé d'ouvrir une modeste librairie après la lune afin de proposer L'esprit Bénuchot et les livres de mes vrais (et nombreux) amis écrivains. L'esprit Bénuchot, qui s'est pour l'instant envolé au-delà des limites de la terra incognita, mais comme en physique quantique l'ubiquité est reine, il n'est jamais très loin de cette rue où rôde, paraît-il, l'esprit du chat qui pêche…
Et il reviendra bientôt en  librairie. En attendant, on peut toujours commencer le voyage ici.
Passage quantique : briques + Audrey Malherbe + Nemo

mercredi 11 janvier 2017

Marie-Odile Monchicourt a aimé "L'esprit Bénuchot"

Marie-Odile Monchicourt, dont la voix illumina de longues années durant les oreilles (parfois en coin) des auditeurs de France Inter, et qui anima notamment la célèbre émission de vulgarisation scientifique Poussières d'étoiles, puis "la Nuit des étoiles" à la télévision, a aimé L'esprit Bénuchot. Et me l'a écrit. (De belles étrennes pour ce roman sorti en avril 2016 chez un éditeur qui s'empressa de s'en désintéresser, et qui réapparaîtra bientôt, surprise, surprise – le roman, pas l'éditeur…)

"Cher Jean-Jacques,
J'ai terminé l'année 2016 dans l'esprit Bénuchot. Il n'y a pas à dire je me suis bien retrouvée dans vos personnages. Entre Léa et Bénuchot je ne sais pas lequel des deux est le plus quantique ! Super d'avoir réussi à nous emmener dans ce monde dans lequel j'aime me perdre tout autant que vous. C'est une prouesse ! Excellente l'idée des petits carnets. D'ailleurs cela ne m'étonnerait pas que ces carnets existent bien dans la réalité de votre quotidien. Vraiment bravo. Merci encore de me l'avoir offert et de m'avoir ainsi permis de passer d'aussi jolis moments en votre compagnie. Je vous embrasse et que cette année vous apporte quelques autres rêves quantiques qui nous enverraient dans quelques monde parallèles."
Marie-Odile Monchicourt est à l'origine des spectacles scientifiques LabOrigins qui traquent les origines en mêlant les arts et la science, avec sérieux et drôlerie, tous horizons confondus (l'énergie, le langage, l'improbable, la conscience écologiste) et, tout prochainement, les mathématiques. Pour vous faire une idée, regardez la vidéo du dernier spectacle, consacré au transhumanisme, où l'on entend Etienne Klein raconter cette blague : Un type s'avance vers un autre. "J'ai perdu la tête !" "Et alors, tu en as besoin?" "Oui. Pour me pendre !"

samedi 17 décembre 2016

Comment la mort subite du nourrisson Bénuchot entraîna la création de la librairie après la lune

À la suite d'un "événement indésirable" éditorial assez traumatique (l'équivalent de la mort subite du nourrisson), mon roman L’esprit Bénuchot, victimes de graves malformations, sera retiré des (très rares) librairies où il était en place, à partir du 31 janvier 2017. En attendant une résurrection toujours possible (la médecine plasturgique, de nos jours, fait des miracles !), le livre a été placé en coma artificiel et sa gestion patrimoniale confiée aux services de l’aide à la petite enfance de la littérature, dont les bureaux, suite à de graves coupes budgétaires, ont été délocalisés… après la Lune !
Monique, notre marraine, avec Guirec Soudée
La librairie après la lune se propose de donner une seconde vie à certains des 150 titres que j'ai publiés aux éditions Canaille (1992-1996), Baleine (1996-1998) et Après la Lune (2006-2013). La marraine de cette librairie n’est autre que la poule Monique, compagne héroïque de Guirec Soudée, dont je m’honore d’avoir (modestement) contribué à la réussite de son projet fou : faire le tour du monde à la voile en (presque) solitaire, accompagné d’une gallinacée !
On accède à la librairie après la lune en cliquant ici.

mercredi 30 novembre 2016

Pain perdu chez les Vilains, prix Delta Noir 2016

Contrairement aux usages voulant que les prix littéraires récompensent un roman récent, le prix Delta Noir, décerné par le festival Delta Noir de Port Saint-Louis-du-Rhône, est intemporel. Étaient nominés Mouloud Akkouche, Guillaume Audru, Anne Bourrel, Jeanne Desaubry, Anouk Langaney, Sophie Loubière, Nadine Monfils, Martine Nougué, Dominique Manotti, Romain Slocombe et ma pomme, qui n’ai plus publié de polar depuis bien longtemps…
Pain perdu chez les Vilains (Canaille, 1992, rééd. Après la Lune 2012) a été choisi par le jury, coiffant sur le poteau Or noir, de Dominique Manotti. Outre la surprise de recevoir un prix pour un livre publié… 24 ans plus tôt, j’ai reçu des mains de Suzanne Marx, présidente du festival Delta Noir, un magnifique trophée réalisé par l’artiste Jean-Jacques Mar.

dimanche 4 septembre 2016

Le diable dans le rétroviseur, un roman pour les enfants de 9-10 ans

© Florent Silloray, Rétroviseur, 2001
Tout arrive ! Après 15 ans d’attente, Le diable dans le rétroviseur, mon premier roman pour la jeunesse (9/10 ans), dont je raconte ici les avatars, vient de paraître aux éditions Oskar, avec une magnifique couverture de
Cléo Germain.
Une version courte de ce roman, écrit lors d’une résidence d’auteur à Vauvert (Gard), parut en 2001 dans la revue Rétroviseur, dirigée à l’époque par l’ami Stéphane Geffray.

Le diable dans le rétroviseur leur a plu :
Sandrine Damie, blog Un livre dans ma valise ! : un roman un brin déjanté
Mya Rosa, blog Mya Books : un roman amusant plein de surprises

mercredi 20 juillet 2016

Coup de cœur de Nadège Mulé, librairie Sur les chemins du livre, Saint-Amand-Montrond pour L’esprit Bénuchot

Une envie de livre drôle, décalé, intelligent, pour vous sentir plus riche intérieurement après les vacances. Un ouvrage d’une poésie qui n’en a pas l’air et vous fait vibrer au moindre sourire croisé… Un véritable baume au cœur dans cette période pour le moins troublée… Merci, M’sieur Reboux !

mardi 19 juillet 2016

"Êtes-vous bénuchot ?" : Le jeu de l’écoute providentielle


Le jeu de l’écoute providentielle est d’une simplicité bouleversante. Il suffit de s’installer dans un café et d'attendre que des belles choses arrivent. Rien à voir avec les brèves de comptoir des piliers de bistrot ! Il s’agit de recueillir de vraies histoires, avec des morceaux entiers de vie, parfois crus, parfois si bas chuchotés qu'ils restent collés aux lèvres et qu'il faut s'approcher de très près pour les saisir. Des histoires qui prouvent que la réalité n'a pas de leçon à recevoir de la fiction.
La première histoire recueillie sur le site L’esprit Bénuchot, La mémoire des patates, a été enregistrée le mardi 18 décembre 2013 au café Le Bouquet, à l'angle des rues Boulard et Daguerre, dans le XIVe arrondissement de Paris.