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vendredi 20 avril 2018

Un Vosgien interpellé pour un doigt d'honneur à Macron poursuivi pour outrage, alors que le délit d'offense au président a été supprimé en 2013 !

Un Vosgien de 61 ans, nous apprend Vosges Matin, a été interpellé et placé en garde à vue mercredi à Saint-Dié, pour avoir adressé un doigt d'honneur à Emmanuel Macron, en visite sur ses fiefs du Grand Est, dans le cadre de la nouvelle répartition des gabelles, tailles, dîmes et autres assiettes fiscales pour les retraités (ces fainéants qui profitent du système au lieu de s’en aller mourir jeunes après avoir bien sué à l’usine ou aux champs, comme leurs ancêtres).
L'homme, embastillé pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, passible de 7.500 € d'amende et de six mois d'emprisonnement, sera présenté le 28 mai à un délégué du procureur et devrait faire l'objet d'un simple rappel à la loi, assurent les gazettes (qui s’abstiennent de développer l’absurdité de ce cas de figure).
Et que dit la loi, précisément ?
1°) Les atteintes au président de la République ne ressortent pas du délit d’outrage, réprimé par l'article 433-5 du Code pénal, mais de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui régit notamment les offenses au chef de l’État.
2°) Le délit d’offense au chef de l’État a été supprimé le 5 août 2013, sur injonction de la Cour européenne des droits de l’Homme, à la suite, rappelons-le, du glorieux combat du camarade Hervé Éon, cofondateur avec ma pomme et quelques outrageurs révoltés par ce délit aux relents d’Ancien régime, du Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage (CODEDO), dont je suis depuis dix ans le webmestre impénitent !

Pour l’outrage, il faudra attendre encore un peu… Gageons que le projet de loi de la secrétaire d’État Marlène Schiappa sur le harcèlement de rue, portant sur la création d’un délit d’outrage sexiste (totalement irréalisable juridiquement, l’outrage concernant uniquement les personnes dépositaires de l’autorité publique ou chargées d’une mission publique) pourrait participer à la relance du combat pour la dépénalisation du délit d’outrage, qui s’est quelque peu perdu en route depuis 2008, faute de combattants, ce alors que la répression policière sous Hollande et Macron n’a cessé d’aggraver son utilisation inique et scandaleuse.
Lettre au Garde des Sceaux pour une dépénalisation du délit d’outrage (64 pages, 5 €), cosignée avec Romain DunandDisponible à la librairie Après la Lune.

mardi 3 avril 2018

"Mother Feeling", de Michel Chevron : un thriller étourdissant et cruel

Depuis Fille de sang (Canaille, 1993) et Séraphine l’adolescente massacrée qui se métamorphose en lionne vengeresse, Les Purifiants et son terrifiant tueur de la Mafia obèse et mélomane (1995), J’irai faire Kafka sur vos tombes et ses vampires ténébreux (Le Poulpe, 1996), Gavial poursuite et son incursion dans le domaine de la SF (1997) jusqu’à Icône (2007) où le suicide manqué de Richard Lenoir s’accompagne d’un singulier flash-back dans la Rome antiqueMichel Chevron construit une œuvre originale dans le polar français, saluée dès ses débuts par la critique et les festivaliers (La Roche-sur-Yon, Saint-Nazaire, Lamballe, Frontignan). Mais pas par les collections de poche, qui ont sans doute des chats plus juteux à fouetter…
On connaît le goût de Chevron pour la démesure, le baroque, et son efficacité à créer des galeries de personnages tous plus effrayants, monstrueux, hénaurmes, parfois grotesques, parfois fragiles. Le tout ciselé avec une précision d’horloger, quasi-mécanique, ce qui n’est peut-être pas le fruit du hasard quand on sait qu’avant d’enseigner la mécanique et de devenir écrivain, Michel Chevron fut ouvrier ajusteur !
  Mother Feeling, son septième roman, ne déroge pas à la règle. Chevron transcende les codes du thriller avec une langue vive et fleurie, qui donne au roman sa force, sa profondeur, et sa noirceur… Car dans les romans de Chevron, on meurt et on tue aussi vite que l’on vit, et la noirceur y est toujours souveraine.
  Rodolphe Dendron, jeune photographe, vit aux crochets de sa mère, dans le souvenir éploré de sa fiancée, tombée depuis cinq ans entre les griffes du mystérieux Nain jaune, dont on comprend vite que ses intentions ne sont guère pacifiques. Il passe ses nuits sur Mother Feeling, un site de rencontres fréquenté par des femmes cherchant un géniteur pour leur futur bébé, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes… éthiques ! Embauché par la CRS (Cellule Rainer Strauss) comme chasseur de dettes, Dendron fait équipe avec Bekrit, un ancien policier kabyle qui a quitté le métier après avoir été traumatisé par des meurtres de bébés. Au cours d'une intervention musclée, il découvre des 7 de carreau malodorants chez Louise Parmentier, avec qui il va vivre des amours torrides, et dont le fils pourrait être… une victime du Nain jaune !
  Tel est le point de départ de "ce thriller étourdissant, où la cruauté est tempérée par le bel humour décapant de l'auteur", pour reprendre les mots de Serge Safran, son éditeur.
Mother Feeling, de Michel Chevron (Serge Safran éditeur), 292 pages, 21 €
Icône est disponible à la librairie Après la Lune.
Les Purifiants, Gavial poursuite et Fille de sang aux éditions Baleine.