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mardi 9 avril 2013

"De Dakar à Paris, un voyage à petites foulées" de Pierre Cherruau (Calmann-Levy)


Pierre Cherruau est journaliste. Il a longtemps été responsable du service Afrique à Courrier International, avant d’être rédacteur en chef du site Slate Afrique, dont il vient d’être viré [lire ici] dans des conditions très étranges.
Pierre Cherruau est aussi écrivain. Tous ses romans parlent de l’Afrique, continent dont il a visité quarante pays. J’ai publié de lui le magnifique Nena Rastaquouère (1997) avec une préface hilarante de Didier Daeninckx, Lagos 666 (2000) aux éditions Baleine, puis Chien fantôme chez Après la Lune (2008), qui racontait un voyage haut en couleurs dans le "train bleu" reliant Dakar à Bamako, la capitale du Mali.
Pierre Cherruau est également marathonien. En 2010, il décide de se lancer dans un défi un peu fou : parcourir Dakar-Paris en courant. De ce voyage, chroniqué à l’époque sur son blog Dakar-Paris, il vient de tirer un livre qui se lit comme on regarderait passer une course (de fond) à pied, en prenant son temps pour détailler les coureurs, voire en faisant un bout de chemin avec eux.
 De Dakar à Paris, un voyage à petites foulées (Calmann-Levy) est le condensé de ses trois professions (de foi) : écrivain, journaliste, marathonien. Pour ceux qui, comme moi, n’ont jamais mis les pieds au Sénégal (ni même en Afrique noire), De Dakar à Paris est une façon épatante de découvrir ce pays pauvre, attachant, où la démocratie est venue à bout des démons du népotisme, d’où partirent les esclaves en route vers le Nouveau Monde et d’où fut prononcé le tristement célèbre "discours de Dakar" du caporal Sarkozy et de son affidé le raciste paranoïaque Henri Guaino. On y apprend comment y vivent les gens, comment ils s’accomodent du capitalisme le plus échevelé tout en respectant les traditions, comment ils accueillent le voyageur, qu’il soit noir ou toubab (la fameuse hospitalité sénégalaise, la teranga), comment des décennies de laisser-aller ont fait de ses rivages parmi les plus pollués de l’Atlantique (sidérant!) et de ses routes parmi les plus meurtrières d’Afrique (la trouille de l’auteur de se faire écraser en courant sur le bas-côté est récurrente). En ce sens, il peut se lire également comme un ouvrage d’anthropologue, l’auteur, de par son mode de déplacement "lent", ouvrant des portes que seul un coureur de fond peut encore prendre le temps de pousser, ce qui donne à ce voyage parfois enchanteur, souvent désenchanté, un côté humaniste. Du journalisme à hauteur d'homme, en quelque sorte, loin de certaines pratiques évoquées plus haut…
C’est aussi un bel hommage à un père homonyme, Pierre Cherruau, ex-journaliste au Monde à Bordeaux, mort d’un cancer, qui légua à son fils, en plus de la passion journalistique, celle de la course à pied. Si l’on peut regretter que tout le passage espagnol soit passé sous silence (mais peut-être Pierre Cherruau a-t-il pris l'avion, ah, ah!), le retour en Anjou (d’où est originaire l’auteur, né à Dunkerque) et les retrouvailles avec l’ami de déportation de son grand-père, sont bouleversants.

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